Gaspard Koenig : pourquoi le plan anti-tabac nuit gravement à la liberté

Le 10 octobre 2014, mis à jour le 12 décembre 2018

FEMME FUMANT A L'EXTERIEUR, DANS UNE AIRE DE JEUX POUR ENFANTS, DANS LE VAL DE MARNEAncien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, Gaspard Koenig est Président du think-tank GenerationLibre.


Afin de bien clarifier que son plan anti-tabac n’est pas motivé par un souci de santé publique mais par une vision étroite de la morale, Marisol Touraine a poussé le zèle jusqu’à interdire le vapotage dans la plupart des lieux publics. Et ce, non afin de prévenir un risque sanitaire qui fait toujours discussion dans la communauté médicale, mais pour «éviter de banaliser l’attitude du fumeur.» Jamais il n’a été énoncé aussi clairement que le gouvernement s’employait à corriger les comportements et à redresser les esprits. Le citoyen est réputé assez responsable pour se prononcer sur le budget de la nation, mais l’individu est jugé trop immature pour effectuer ses propres choix de santé. Quant au «paquet neutre», c’est une insulte à l’intelligence du consommateur. Qui, aujourd’hui, peut ignorer la dangerosité du tabac? Sommes-nous devenus des enfants qui, incapables de s’imposer une règle à eux-mêmes, réclament un maître pour les fouetter?

De deux choses l’une: ou l’Etat considère le tabac comme un poison léthal, et il devrait en interdire purement et simplement la fabrication et la consommation ; ou il le traite comme un des innombrables plaisirs dangereux que nous prenons tous les jours, et il lui faut alors remplir son devoir d’information auprès du public et protéger les tiers (en luttant par exemple contre le «tabagisme passif»), tout en laissant l’individu majeur arbitrer les risques qu’il souhaite prendre.

En adoptant au contraire la posture vicieuse de la nounou permissive («tu peux le faire, mais je ne suis pas contente»), le gouvernement s’emploie à «dégrader les hommes sans les tourmenter», pour reprendre l’expression de Tocqueville. Dans un passage archi-classique que visiblement nos dirigeants n’ont pas bien en tête, l’auteur de la Démocratie en Amérique redoute ainsi l’avènement d’une forme nouvelle de despotisme, parfaitement compatible avec la démocratie parlementaire. «Un pouvoir immense et tutélaire (…) absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux», s’élèverait insidieusement au-dessus des hommes pour «les fixer irrévocablement dans l’enfance» en anticipant leurs craintes et leurs besoins. «Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre.» La vision noire de Tocqueville est-elle en train de se réaliser, deux siècles plus tard? On imagine aisément Marisol Touraine prenant Françoise Sagan et M. Hulot par la main, et leur demandant d’abandonner leur clope et leur pipe, pour leur bien.

C’est ainsi que l’Etat renonce progressivement à son rôle de garant des libertés individuelles, pour devenir leur pire ennemi. «Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, continue Tocqueville, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes ; (…) il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige.» L’abondance de normes, donc chacun se plaint pourtant, n’est que l’envers de notre appétit de protection.

Un détail, la cigarette? «C’est surtout dans le détail qu’il est dangereux d’asservir les hommes», répond Tocqueville. Gardons-nous de jamais abdiquer notre liberté, y compris et surtout sur des sujets marginaux et peu populaires.

Ôter la morale des mains de l’Etat lui redonnerait paradoxalement tout son sens. Ainsi Tocqueville, dans sa correspondance, déplore-t-il que son ami le député Lamorici «se tue à force de fumer»… On peut, à titre privé, mettre en garde et conseiller ses concitoyens, d’autant mieux qu’à titre public, on s’abstient de les juger. Battons-nous contre les fumeurs, et pour le droit de fumer.

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Thomas BONNARD

Vapoteur confirmé depuis décembre 2012, je vous partage ma passion et mes connaissances techniques dans le domaine de la cigarette électronique.