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On ne plaisante plus. Et tout est allé plus vite que prévu : après l’avis du service de santé publique anglais (Public Health England) favorable à la cigarette électronique les principales associations françaises de lutte contre les addictions et les usagers de la cigarette électronique viennent d’interpeller le gouvernement. Elles lui demandent, tout simplement « de revoir et compléter le programme de lutte contre le tabac ».

C’est un triple événement dans le champ des addictions et de la politique de santé publique. D’abord parce que c’est la première fois que le gouvernement est ainsi sommé de revoir sa copie – le gouvernement et non le seul ministre en charge de la Santé. Ensuite parce que le président de la République est personnellement concerné (c’est lui qui, le 4 février 2014 avait demandé l’élaboration d’un « programme national de réduction du tabagisme »). Enfin parce que cette interpellation gouvernementale concrétise l’émergence d’un nouveau rapport de force avec l’union des associations de lutte contre l’addiction (Fédération Addiction – RESPADD – SOS Addictions) et les usagers de la cigarette électronique (Aiduce) – (1).

Révolution des volutes

De ce point de vue cet outil confirme bien sa dimension de santé publique et son potentiel politique : il concrétise et incarne ce que nous avons proposé de nommer « révolution des volutes ».

Extraits de cette interpellation :

« Le gouvernement britannique vient de publier un rapport  très favorable à la cigarette électronique qu’il avait demandé au Public Health England. Partant du constat qu’aujourd’hui la e-cigarette est devenue le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour arrêter de fumer, et qu’elle contribue à faire baisser la consommation de tabac tant chez les fumeurs de longue date que chez les jeunes adultes fumeurs, ce rapport, très pragmatique, propose de considérer la cigarette électronique comme un outil clé dans la lutte contre le tabagisme, et de ce fait, de la promouvoir de manière adaptée auprès des fumeurs et dans les pratiques médicales. La Grande-Bretagne est ainsi en train de devenir le pays le moins fumeur au monde.

 Elle utilise les trois leviers reconnus de la lutte antitabac : – Politique de prix élevés du tabac – Dénormalisation du tabac -Validation de la e-cigarette dans les solutions de sevrage (information grand public, recommandations par les médecins et les centres spécialisés, forts dosages en nicotine disponibles, usage non limité selon les lieux).

  Ce rapport confirme la très faible dangerosité de la e-cigarette, du même ordre que les substituts nicotiniques, le risque négligeable de vapotage passif, et la non-influence de la e-cigarette dans l’initiation du tabagisme (usage contraignant pour des non-fumeurs et peu addictif). Il constate enfin que la confusion tabac/e-cigarette a amené nombre de fumeurs à la craindre autant que le tabac, tendance qu’il recommande d’inverser.

 Le rapport du Public Health England sur la cigarette électronique conforte les positions soutenues par les associations signataires de ce texte : la e-cig doit être associée et recommandée dans la lutte contre le tabac et trouver sa place dans le Plan National de Réduction du Tabagisme (PNRT). Les associations appellent le gouvernement, les députés et les sénateurs à suivre l’exemple anglais, le plus performant contre le tabagisme depuis des décennies, et à revoir les projets de textes sur la cigarette électronique dont trop de mesures sont venues brider l’usage

 Alors que les normes AFNOR rentrent en application, permettant la sécurisation tant du matériel que des e-liquides, nous regrettons la méfiance vis à vis de cet outil. Elle fait fi des leçons de la Réduction des Risques qui a appris à valoriser les outils créés et développés par les usagers à partir de leurs attentes. Ces outils contribuent à faciliter leur implication dans un processus de diminution des risques et à rendre possible les changements de comportements. Les actions de prévention du tabagisme doivent être multiples, paquet neutre, cigarette électronique, substituts, etc., valorisant et insistant ainsi leur complémentarité. Elles doivent être associées pour assurer l’objectif fixé de diminution du tabagisme, en multipliant les choix d’« entrées » : par la prescription, par le soutien des associations d’usagers, par une large mise à disposition du grand public, etc.

Les associations signataires espèrent que cette publication sera l’occasion de compléter la palette ouverte en France ! »

Vapoter dans les lieux publics

Les signataires contestent notamment de manière frontale une disposition soutenue par Marisol Touraine, ministre de la Santé et figurant dans le projet de loi de Santé (Amendement N°AS1413) visant l’interdiction de vapoter dans les lieux publics. « Il est établi que pour donner une chance de réussir son sevrage tabagique avec la cigarette électronique, le vapoteur doit pouvoir l’utiliser tout au long de la journée afin d’obtenir des doses constantes de nicotine comme avec les patchs. Empêcher cette utilisation équivaut à prendre le risque de rechuter vers le tabac par manque de nicotine. Le vapotage passif n’existant pas, il n’y a aucune raison sanitaire de l’interdire dans les lieux publics. »

La rentrée comporte désormais un nouveau point, de taille, à l’agenda politique : la cigarette électronique. C’est désormais un sujet qui n’est plus de la seule compétence de la ministre de la Santé.

(1) Cette initiative est signée de Brice Lepoutre, Président de l’Aiduce ;  Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction ;  Anne Borgne, Présidente du RESPADD ; William Lowenstein, Président de SOS Addictions et Philippe Presles, membre du Comité scientifique de SOS Addictions et de l’Aiduce.

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