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La conférence mondiale « Tabac ou Santé » s’est déroulée la semaine dernière aux Emirats Arabes Unis sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Comme nous l’avons déjà rapidement évoqué, cette manifestation a été une nouvelle fois l’occasion pour la directrice de l’OMS, Margaret Chan de renouveler ses déclarations de guerre en direction des industriels du tabac dont elle souhaite qu’ils mettent « la clé sous la porte » a-t-elle insisté. Pour ce faire, elle a jugé que l’introduction de paquets de cigarette « neutres » s’avérerait une mesure efficace. La directrice de l’OMS s’est également prononcée sur la question de la cigarette électronique, qui constitue un phénomène majeur dans la sphère de la lutte contre le tabac depuis quelques années. Elle a renouvelé son soutien aux pays qui restreignent l’utilisation de la cigarette électronique, voire l’interdisent. « Ne pas fumer est la norme et les e-cigarettes vont dévoyer cette pensée normale car elles vont inciter à fumer, en particulier les jeunes », a-t-elle notamment affirmé. Il ne s’agit pas d’une position nouvelle : depuis toujours l’OMS nourrit une grande défiance à l’égard de ce dispositif et refuse d’accepter l’idée qu’il puisse se révéler un outil intéressant pour favoriser le sevrage.

Marginaliser la cigarette électronique n’est-ce pas faire le jeu des industriels du tabac ?

Le message de la directrice de l’OMS a été fortement contre-balancé par la prise de position de plusieurs spécialistes du tabac et de santé publique qui, en marge de la conférence, ont clairement vanté les mérites de la cigarette électronique. Leurs noms sont régulièrement associés à ce produit et aux études confirmant son bénéfice dans le sevrage tabagique : il s’agit notamment du docteur Konstantinos Farsalinos, chercheur au Centre de chirurgie cardiaque Onassis à Athènes et de Jean-François Etter professeur de santé publique à l’Université de Genève. On se souvient notamment que ce dernier avait refusé en 2013 de signer le rapport de l’Office français du tabagisme (OFT) qui concernait la cigarette électronique, refusant notamment d’adhérer à des mesures qui restreindraient trop l’utilisation d’un dispositif dont il estime que la diffusion est prometteuse de nouveaux succès. Aujourd’hui, sa position n’a pas changé. « Les e-cigarettes, les pastilles de nicotine et les inhaleurs de tabac ne devraient pas être trop réglementés » a-t-il estimé jugeant que des restrictions trop importantes risquaient de diminuer le « nombre de fumeurs se tournant vers ces nouveaux produits » et considérant que les premiers bénéficiaires de cette politique seraient les « grands groupes de cigarettiers » (ceux-là même dont on espère qu’ils mettront la clé sous la porte !).

Des chiffres encourageants et à développer

Pour appuyer cette argumentation, le docteur Farsalinos a présenté de nouveaux chiffres non encore publiés, sur les possibles bienfaits de la cigarette électronique. Il soutient que si « 3 % des fumeurs se mettent à l’e-cigarette, quelque deux millions de vie seront sauvées au cours des vingt prochaines années ». Il faudra cependant, lorsqu’elles seront finalisées, déterminer comment de telles estimations sont obtenues : tiennent-elles compte notamment d’éventuels effets nocifs possiblement non encore identifiés de la e-cigarette à « long terme » ? Comment évaluent-elles la part de fumeurs qui échangent la cigarette contre la cigarette électronique, et qui ne parviennent pas à se sevrer de cette dernière et à quel point le risque est alors jugé diminué par rapport au tabac ? Bref, ces chiffres très encourageants méritent d’être affinés, on l’espère, prochainement car ce n’est pas la première fois que l’argument est avancé par les spécialistes de la cigarette électronique. Cette confiance dans les bénéfices du vapotage n’empêchent pas ces experts d’estimer que des réglementations sont nécessaires (notamment pour harmoniser la composition des produits).

L’OMS n’a jamais fait un tabac

Les présentations parallèles de la ligne officielle de l’OMS et de ces préconisations pragmatiques de spécialistes paraissent une nouvelle fois illustrer le manque d’empirisme et le dogmatisme (que l’on songe à la formule « ne pas fumer est la norme » !) des positions sanitaires de l’agence onusienne. Un défaut qui dans d’autres domaines a favorisé parfois son manque de pertinence et d’efficacité.

Source : http://www.jim.fr

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